Auto – 24h du Mans


Vous avez été plusieurs dizaines à évoquer votre plus grand souvenir des 24 Heures du Mans. Voici notre sélection, alors que la 85e édition débutera ce samedi à 15h00.Le Mans PassionDepuis ma plus tendre enfance, les 24 Heures du Mans me passionnent. Petits, avec mon frère, nous pilotions nos bolides imaginaires, sous les draps. Les semaines suivantes nous refaisions la course sur notre scalextric. Il n’y avait pas la couverture télé d’aujourd’hui et il nous fallait tout imaginer. Plus tard adolescent, je suis parti de Paris, en mobylette, pour les 24 heures, sans le dire à mes parents, qui me croyaiten chez un copain. Cependant, le plus beau souvenir reste l’édition 1969. Le départ, ou Jacky Ickx traverse la piste, majestueux, en marchant, prends le temps de s’attacher et part. Le premier tour, tragique, avec l’accident mortel de Woolfe, qui donne malheureusement raison à Jacky. Pas de drapeau rouge à l’époque, ni de safety car, la course continue. Les derniers tours, épiques, avec cette bagarre entre la Porsche, agile, contre la Ford surpuissante. Tout le monde connaît le dénouement, mais il me semble parfois, qu’à la manière d’un film, qui se terminerait en vous laissant imaginer la fin, que cette course dure toujours. Une fin que l’on se referait tous les soirs sous les draps, avec notre lampe torche, où parfois Hermann/Larousse gagnerait. J’ai rêvé de participer aux 24 Heures. Je sais, aujourd’hui, que cela ne se fera jamais. Je tourne, de temps en temps, sur le Bugatti, et le fait d’enfiler ligne droite des stands, courbe Dunlop, chicane, me permet de toucher un peu mon rêve.1971, que de recordsJ’étais là-bas pour étrenner ma nouvelle Alfa 1750 GTV. Les 5000 km dépassés, 222 km/h de moyenne, la 917 psychédélique de Larousse, etc… AH le PIED!Le retour du vainqueurLe 19 Juin 2016, Romain Dumas remporte pour la seconde fois les 24 Heures du Mans au général. À ce moment là, je n’ai aucunement envie de rentrer sur Paris à 20h alors qu’une belle fête semble se préparer. Après un repas dans l’hospitality Porsche, la soirée annoncée à bien lieu… Il est 22h. Le train est bien évidemment parti sans moi. L’ambiance est festive, je parle avec Romain et nous essayons de trouver un moyen de locomotion pour rejoindre Paris dans la nuit car lui aussi doit rejoindre la capitale afin de s’envoler pour Pikes Peak en ce lundi matin. Très vite, nous nous rendons compte que la mission s’avère délicate. Finalement, c’est sans compter sur la générosité de ses amis suisses, qui acceptèrent de faire un détour par Paris avant de rentrer chez eux. Le marché fut conclu à condition que je devienne le chauffeur jusqu’à Paris. Romain nous donne alors à tous rendez-vous à 4h00 devant son hôtel. À 4h00 pétante, Romain s’installe à l’arrière du véhicule, au milieu des valises, pour tenter de se reposer. Ainsi, nous voilà parti pour Roissy. Hormis un splash and dash à Chartres où le pompiste ne crut pas un instant que le vainqueur du double tour d’horloge sarthois dormait à l’arrière du véhicule, le trajet se déroula sans accroc. Enfin, après un bref petit déjeuner à l’aéroport, il fut alors temps pour Romain de rejoindre Norbert Santos pour prendre son vol en direction du Colorado, et pour moi de prendre une navette en direction du centre de Paris. INOUBLIABLEUne course de partageLe Mans, course d’endurance en tous points. Mon plus beau souvenir du Mans date de 1996, où j’ai eu la chance de vivre la course de l’intérieur. Cette année là j’étais mécanicien chez Larbre Compétition, nous participions au BPR, Carrera, Supercup et bien sûr Le Mans. Il m’en reste le souvenir d’une aventure de partage et de fierté. Partage d’un projet durant les mois de préparation, la semaine précédente et THE RACE….. Et croyez moi qu’après 24 heures de course intense, le fait de voir sa voiture passer la ligne d’arrivée est une sensation inoubliable.24 Heures du Mans 1988J’ai 17 ans ! Ce sont mes septièmes 24 Heures du Mans, et Jaguar gagne après plus de 31 ans d’attente. J’envahis la piste et arrive sous le podium, et là, des milliers d’Anglais chante « God save the Queen » ! des frissons et une belle émotion !1984 avec mon frère1984 est pour moi une de mes années préférées : Porsche, Lancia, Jaguar, Aston Martin et des pilotes comme Bob Wollek, Alan Jones, JP Jarier, Pesca, Ballo Lena, Richard Attwood… la WM de Roger Dorchy en tête quelques tours, la victoire du Grand Henri et… une édition faite avec mon frère sans nos parents, la seule, la première et l’unique car il nous quittera l’année suivante… Donc une édition particulière pour moi que je n’oublierai jamais.Commissaire aux 24 Heures du MansAyant été bénévole sur une mission d’hospitalité lors de l’édition 2009, j’ai découvert la mission de commissaire de piste. Passionné de compétition automobile depuis l’enfance, ce fut l’opportunité de donner vie à mon rêve et d’en faire une réalité. C’est à dire être partie intégrante de la plus grande course d’Endurance du monde. A travers elle, j’ai vécu chaque émotion toujours plus forte: l’enthousiasme lors de l’écart le plus faible et l’édition la plus passionnante depuus 40 ans, les fameuses 13 secondes d’écart entre l’Audi R18 victorieuse et la première des Peugeot 908, la surprise où à la radio, on nous demande de suivre une Porsche et non une Toyota dans le tout dernier tour, la détresse lors du 90ème anniversaire avec le décès d’Allan Simonsen. Face à cette épreuve qui touche tout passionné, chacun se demande si la course a finalement du sens, puis la passion finit par reprendre le dessus. Le rêve enfin, lorsque je fais venir deux commissaires américains à officier pour la première fois au Mans et accomplir leur rêve d’enfant. Jamais, de ma vie, je n’ai pu voir deux commissaires aussi éblouis par ce qu’ils ont vécu, l’année du 50ème anniversaire de Ford dans la Sarthe avec une victoire en GT. L’un des deux commissaires, à 70 ans, son rêve accompli décida de se retirer des circuits. Il m’écrira à Noël dernier, en organisant sa venue, lui avoir fait vivre l’une des plus belles semaines de sa vie. Ce fut ma plus belle récompense de voir mes deux copains heureux.Souvenirs d’enfanceJe suis né en 1971 à proximité du circuit des 24Heures, et j’y ai passé toute mon enfance, jusqu’à mes 18 ans. Autant dire que j’ai la culture « 24H » dans le sang. Quand le week-end des 24 Heures arrivait, nous allions chez mes grands-parents, qui habitaient juste en face du circuit Bugatti. Pour nous Manceaux, les 24 Heures sont une fête aussi importante que Noël. Ça veut dire aussi que les vacances d’été arrivent. Je me souviendrai toujours des 24 Heures des années 70-80. À l’époque, le circuit n’était pas défiguré comme actuellement. Il y avait la courbe Dunlop, sur laquelle les bolides passaient à 250 km/h. La ligne droite n’était pas coupée par les chicanes et là les voitures roulaient à 380 km/h, et à chaque tour les voitures ne ronronnaient pas, elles hurlaient, comme si elles voulaient exprimer toute leur puissance jusqu’au virage de Mulsanne qui formait alors un angle de 95 degrés. Depuis chez mes grands-parents, nous entendions les voitures partout à la fois tout autour du circuit. C’était incroyable. Et pour ajouter au vacarme ambiant, il y avait les hélicoptères. Il y avait aussi quelque chose qui faisait partie du folklore des 24 Heures et qui, à mon grand regret, n’existe plus aujourd’hui : le dirigeable Goodyear. Qu’est-ce qu’il était beau. Le moment que j’ai toujours le moins aimé des 24 Heures, c’est juste après l’arrivée. La fête, la fureur et le bruit laissent soudain la place au silence et à la routine. Comme si un grand vide s’installait soudainement.La pitlane, théâtre à ciel ouvertOriginaire du Mans, j’ai baigné dans la course depuis mon plus jeune âge et je suis vite devenu un inconditionnel. J’ai eu la chance de mêler passion et travail en étant photographe sur l’événement. Vivre la course de l’intérieur offre une toute autre dimension à la course et les sensations sont décuplées. Cette vision plus brute et plus humaine s’est concrétisée au sein de la « pitlane », la ligne droite des stands. C’est le coeur du circuit, là où tout se décide et s’anime. En traversant les lieux le dimanche matin du 19 juin 2016, après 18 heures de course, un étonnant spectacle s’offre au regard. Chez une équipe, on rentre la voiture dans son box. Un coup d’oeil sous le capot. Puis tout le monde applaudit. Les pilotes lâchent une larme, c’est l’abandon. A quelques mètres, on se prépare pour le prochain ravito, dans un ballet maîtrisé par coeur. Mais la voiture n’arrivera jamais. Leur bolide part en flammes au milieu des Hunaudières. Devant moi, le souffle d’un pot d’échappement qui arrive à tout allure réveille et brûle les mollets. La fatigue s’installe. Quelques heures plus tard, le scénario inimaginable se produit. La Toyota de tête tombe en panne à un tour de l’arrivée. Le clan Porsche est euphorique dans les stands. C’est aussi ça Le Mans, un théâtre éphémère où toutes les émotions se mêlent en l’espace de 24 heures. On en sort épuisé mais on pense déjà à revenir pour reprendre une dose d’adrénaline. La ligne droite des stands, n’est-ce pas la plus belle avenue du monde ?1991, la plus belleQuel passionné à oublié cette mythique édition de 1991? Cette année-là, Le Mans est l’épreuve majeure du Championnat du monde d’endurance qui vit probablement sa dernière grande année en tant que compétition prestigieuse. Après cette édition, Le Mans restera Le Mans, mais le championnat sera dépecé façon puzzle au fil des ans par le duo JM Balestre et B. Ecclestone… Mais renvoyons cette vaine rancoeur aux orties pour nous replonger dans cette course mythique qui illuminera à jamais mes souvenirs d’enfant. En 1991, j’ai 15 ans et c’est déjà mes dixièmes 24 Heures. Aux essais du jeudi soir je me réjouis d’écouter le doux bruit du Quadrirotor atmosphérique de La Mazda 787B. Le son de cette voiture aux couleurs chatoyantes résonne au plus profond de la campagne Sarthoise… Et pourtant, cette voiture est loin d’être la favorite pour la victoire finale. Cette année-là, Peugeot, Mercedes, Jaguar et Porsche ferraillent dur pour le titre. Le samedi, tout le monde croit en la victoire de Mercedes arrivée en pôle grâce au talentueux Jean-Louis Schlesser. La course se déroule presque comme prévu: Peugeot casse dans la nuit malgré tout ses efforts et Jaguar tient la dragée haute à Mercedes en tête. Et pourtant en quelques heures au dernier quart de la course, Mercedes casse, Jaguar vacille et Mazda en embuscade avec Gachot, Herbert et Weidler, donnent au Japon sa première et unique victoire à ce jour dans la plus belle course du monde…La nuit dans l’EspaceJ’avais 5 ans, peut-être 6 et mon père venait d’acheter la toute nouvelle voiture et tout nouveau concept de Renault: l’Espace. Mon père avait décidé d’enlever les sièges arrières et d’y mettre un matelas pour passer la nuit sur le parking du Mans. Quel souvenir! 30 ans après je me souviens encore m’endormir avec le son des Lancias, Jaguars (sponsor Silk cut tellement belles), Porsches et des Camaros américaines avec leur bruit si reconnaissable. Toute la nuit aura était des micro-siestes au côté de mon père, tous deux réveillés à l’aube par les premiers rayons du soleil, avec toujours le même bruit de bolides accélérant sur la ligne droite devant les stands. Peu de photos de ces moments à part celle que j’ai toujours avec mon pull Porsche et ma barquette de frites ketchup en guise de petit déjeuner. Renault avait créé sans le savoir une voiture qui allait être l’un de mes plus beaux souvenirs de gosse avec mon père.La cathédrale sarthoise11 juin, la 24ème semaine de 2011, ma deuxième fois au Mans. Une ambiance à nulle autre pareille au moment du départ avec un duel Peugeot-Audi à son paroxysme. Parmi mes amis qui m’ont fait découvrir l’épreuve deux ans auparavant, ça chambre sévère entre partisans des lionceaux et des anneaux. Et puis soudain, alors que les LMP1 s’écharpent à coup de dixièmes, Alan McNish perd le contrôle de sa R18 dans la descente juste après la chicane Dunlop. Les images terrifiantes du crash tournent en boucle sur les écrans géants dans un impressionnant silence de cathédrale. Mais une cathédrale de 220.000 passionnés! Inoubliable ! Lorsque l’Ecossais est extrait de la carcasse de son Audi et lève le pouce, il n’y a plus de partisans, juste des amateurs de cette épreuve mythique, conscients d’avoir failli assister au pire et qui laissent exploser leur soulagement de « seulement » avoir vécu une péripétie de plus dans l’histoire de ce mythe des temps modernes.2008, du fou rire aux larmes, deux fois !J’ai eu la chance de faire partie de l’aventure Peugeot avec la 908 entre 2007 et 2011, en tant que motoriste, et vivre 5 fois les 24 Heures de l’intérieur. La plus belle et la plus dure des courses du monde. Que d’anecdotes à raconter en juste 5 ans mais 2008 restera la course du meilleur et du pire. Le meilleur aux essais libres le dimanche 1er juin à 14h40 où sur une piste s’asséchant, Stéphane Sarrazin sur la n°8 fait exploser le chrono en 3’22″222, déclenchant chez les motoristes devant leur baie de télémétrie un fou rire commun parce que le speaker croira pendant une bonne minute à une erreur de chronométrage, refusant de l’officialiser (les Audis roulent en plus de 3’30 » à ce moment-là). Le pire 10 minutes plus tard à peine quand Marc Gene sur la 9, mordant probablement sur un bout d’asphalte encore humide dans les terribles virages Porsche, partira en violent survirage puis décollera à plus de 250 km/h, voiture explosée contre le rail en béton, s’en tirant miraculeusement avec un orteil luxé. Le fou rire à nouveau lors des qualifications quand Stphane Sarrazin (décidément) fait la pôle en 3’18″513, un chrono jugé démentiel sur le moment. Puis les larmes à nouveau en course où malgré nos 3 voitures 3 à 4 secondes plus rapides que les Audis, une multitude de petits problèmes techniques laissera la victoire à l’Audi n°2 de McNish-Capello-Kristensen, auteurs avec leur équipe d’une course parfaite. Un résumé de ce que sont les 24 Heures du Mans que j’aime et qui pourtant m’ont tant fait souffrir !1968, déplacement de la date mythique de juin à septembreSuite « aux événements de mai 1968 », les 24 Heures ont été déplacées des 15-16 juin aux 28-29 septembre. J’avais 20 ans et il n’y avait pas l’equipe.fr pour suivre l’épreuve en direct. Ce report posait beaucoup de questions pour les concurrents : quelle météo, quelles températures, durée de la nuit? Avec les incidences sur les montes pneumatiques, les réglages moteurs, les éclairages. Quel public ? La course fut splendide :Porsche domina les essais avec ses 908, trustant les trois premières places puis la course jusqu’à la troisième heure. Ford pris ensuite le dessus pour l’emporter avec sa GT 40 pilotée par Pedro Rodriguez et Lucien Bianchi, devant deux Porsche et trois Alfa Roméo 33. La Matra de Servoz/Pecarolo se hissa à la seconde place à la huitième heure de course mais la pluie va se mettre à tomber et Pescarolo, héroïque, conduisit sans essuie-glace et finira par abandonner suite à l’éclatement d’un pneu (lLe patron de Matra avait laissé la décision de continuer la course à ses pilotes). Les Alpine trustèrent les classements à l’indice de performance (Nicolas/Andruet) et à l’indice de rendement énergétique (Thérier/Tramont). Conclusion : les 24 Heures en septembre cela a existé et ce fut une course magnifique, du moins pour un fan de courses auto. Pour les participants cela fut une autre histoire.Le lever du soleilRéveillé à 4h30, aïe… je me rappelle ces rillons dégustés à Arnage, le orange des freins sur les roues, et tous ces gens qui dorment à même le sol. Arnage ce n’est pas très grand, une ou deux cabanes de restauration, deux toilettes, mais tellement dans l’esprit de cette course. Le changement de couleur et mon état léthargique m’avaient rendu complètement subjugué.La gloire du MansLes 24 heures du Mans, c’est le moment sacré de l’année sportive, l’évènement que je ne manque absolument pas ! Je donne rendez-vous à mes amis au lundi et je m’enferme pour regarder la course, ne dormant en général que 2 heures car j’adore les caméras embarquées la nuit. Je suis la course depuis les années 80 mais là où j’ai le plus vibré c’est lors des années Peugeot vs Audi, l’année 2009 avec la victoire du lion, et en 2011 avec l’accident de McNish puis de Rockenfeller, deux Peugeot et une Audi en 5 secondes à 8h du matin et un finish extraordinaire de la dernière Audi seule à résister. Je pense aussi à Toyota et à ses défaites cruelles, l’an passé évidemment, et suite à une crevaison en 1999. J’espère que c’est enfin leur année… et celle de Sarrazin. Et comme je suis passionné d’histoire du sport, Le Mans c’est aussi les duels Jaguar, Aston, Ferrari des années 50, Ford contre Ferrari dans les années 60, la Porsche 917, les Matra et tant de grands pilotes de F1 qui ont aussi eu leur jour de gloire au Mans. Que cela inspire les chevaliers modernes !La grande époque des groupe CDès l’âge de 6 ans (je suis de 1982) mon père m’a fait goûter au camping à Mulsanne à la douce sonorité des moteurs exprimant leur puissance tout au long des Hunaudières. Mon bonheur était d’avoir réussi au fur et à mesure de la course et des éditions suivantes à reconnaître le hurlement du V8 Cosworth des spices, le V8 turbo Mercedes, le flat 6 des Porsche, la douce mélodie des V12 Jaguar et bien entendu ce chant sublime du quadri rotor Mazda. Depuis les années passent et la technologie évolue, mais cette odeur de carburant brûlé et ces sons mécanique non feutrés resteront gravés comme mes grands moments manceaux.Six minutes sur 24 HeuresDifficile de ne raconter qu’un seul souvenir alors que chaque année en apporte son cortège. Rires, larmes, drames, joies, tous les sentiments gouvernent ce mythe légendaire. Né en 1963, l’accident mortel de Joachim Bonnier en 1972 est mon premier malheureux souvenir. Le triplé Matra m’a donné le virus, la rivalité Pesca-Ickx a bercé les nuits du Mans, les Renault, la Rondeau, puis l’épopée Porsche, les Jaguar et les Mercedes fin des années 80. Puis Peugeot et la 905. Puis Audi contre Peugeot, contre Porsche. Kristensen et ses 9 victoires ahurissantes. Et les accidents sans conséquence physique de McNish et Rockenfeller en 2011. Mais si je ne devais en garder qu’un seul, alors ce sont les six dernières minutes du Mans 2016. Toyota va enfin gagner après tant d’années de tentatives infructueuses (comme en F1…), avec en plus un Japonais au volant. Course gagnée et la Porsche deuxième à quasi un tour. Et puis patatras. La Toyota au ralenti, elle n’avance plus, elle s’arrête sur la ligne à un tour de l’arrivée au moment où la Porsche passe en tête. Les visages impassibles des dirigeants japonais, les larmes de Hugues De Chaunac. Incroyable, inimaginable, improbable et pourtant, c’est arrivé. Et en plus, la Toyota ne finira même pas classée pour avoir parcouru le dernier tour en un temps trop long. Mais c’est la magie du Mans où tout peut arriver jusqu’au dernier virage. Et c’est pour cela qu’on aime Le Mans.A faire trembler les murs …Juin 1973. Je n’ai pas encore 18 ans, je vais encore au lycée et n’ai pas complètement terminé mon année scolaire. Malgré tout, j’ai obtenu l’autorisation parentale pour effectuer seul, en train, le trajet entre Nancy et Le Mans, et passer le week-end sur le Circuit de la Sarthe. J’ai cassé ma tirelire pour m’offrir, outre les frais de trajet (trains, métro, taxi …) et quelques sandwichs, une place en tribune au-dessus des stands. Mon rêve est alors d’assister, « en vrai », à une nouvelle victoire de Matra, après celle retentissante de 1972 vécue par journaux télévisés et radio interposés. Ce rêve a été exaucé, au terme d’une course où les Matra et les Ferrari se sont successivement relayées en tête, et qui s’est conclue sur la victoire de la MS670B de Gérard Larousse et Henri Pescarolo, mon idole. Outre le bonheur indicible de retrouver une voiture bleue sur la première marche du podium, mon souvenir le plus fort restera ma nuit du 9 au 10 juin, au cours de laquelle je n’ai pas pu fermer l’oeil, très incorfortablement installé sur le béton grossier de la tribune, désireux de ne pas perdre une seule seconde du spectacle offert par les bolides rugissants sous mes pieds, … et complètement subjugué, à chaque passage d’une Matra, de ressentir comment cette lourde tribune tremblait littéralement sous les vocalises assourdissantes et addictives des V12 qui les propulsaient. Et moi, je tremblais avec elle, de plaisir, d’excitation, d’effroi, de froid aussi… et de bonheur absolu.Première au MansNous étions allongés dans l’herbe au bord des Hunaudières à mater les protos et les autres qui déboulaient pleine bille à quelques dizaines de centimètres de nos regards ébahis de jeunes imprudents, inconscients du danger. C’était le début de l’été 67. Mon cousin plus âgé m’avait convaincu que c’était une place d’enfer : au ras du sol, en se plaçant presque au parallèle de la ligne droite, en léger biais, on voyait les voitures arriver presque de face, pour les photos c’était top, qu’il disait… Tu parles… Au bout d’une demi-heure, je frôlais déjà allègrement le torticolis. Le photographe amateur, mais éclairé, changea l’objectif de son reflex… Le 250 mm roula nonchalamment sur la piste. Il attendit que la Chaparral de Phil Hill passe avant de ramper sur la piste afin de récupérer son bien. Échaudés, nous partîmes de cet emplacement privilégié un peu plus tard, les oreilles bourdonnantes des moteurs à plein régime et le nez bourré d’huile de ricin. Ce souvenir me trotte encore dans la tête, cinquante ans après. Mon cousin, lui, n’a pas cette chance. Deux ans après cet épisode, un méchant camion le broya lui, son scooter et… sa fiancée. Ils avaient 19 ans.



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Publish date : 17 June 2017 7:00 am


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